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Le samedi noir d'Emilio de Justo

Ajouté le: 23-09-2018 10:28

L’unique oreille pour Emilio de Justo qui a brindé sa faena au ciel, son père étant décédé au petit matin, et qui a fini à l’hôpital pour être opéré d’une cornada...

Il y a des jours où le destin semble s’acharner sur quelqu’un, comme ce fut le cas ce samedi pour Emilio de Justo qui venait de perdre son père, mais qui avait tenu à rester à Mont de Marsan pour honorer son engagement pour la corrida hommage à Victorino. Dans le meilleur des cas, on pouvait penser qu’après un nouveau succès dans une arène qui l’a récemment vu triompher, Emilio pourrait alors repartir pour assister aux obsèques. Mais c’était sans compter sur les aléas du toreo et dès son premier combat, le protégé de Luisito allait subir une blessure qui malgré son cran et son pundonor, devait le contraindre de donner sur le champ la priorité aux soins. L’oreille, c’est la cuadrilla qui l’a reçue et la corrida s’est alors transformée en un mano a mano dont on verra ci-dessous qu’il ne restera pas hélas longtemps dans les annales.

 

Donnée par beau temps et devant deux tiers d’arène environ, cette corrida a été marquée en préambule, à la mi-journée sur le podium de la Tumade, par une remise de médailles de la part du maire aux maestros invités, Ruiz Miguel, José Luis Palomar, Victorino Martín... et plus tard, au Plumaçon, avant le paseo, un hommage à don Victorino Martín Andrés a été lu en piste, un nom qui a recueilli une ovation de gala.

 

Le grand absent de ces distinctions n’était autre qu’Emilio de Justo, qui fit alors son entrée sous des applaudissements nourris afin de participer au paseo à l’issue duquel une minute de silence a été observée à la mémoire de son père, décédé en début de matinée.

Pour ouvrir le bal, les écarteurs et sauteur Baptiste Bordes, Thomas Marty et Fabien Napias ont proposé une excellente prestation, bien rythmée et ajustée, face à un toro de Jalabert...

 

Plus tard, c’est d’Emilio que sont venus les meilleurs moments, trop brefs, de cette tarde qui a été marquée par la présentation et le comportement inégaux des pupilles de Victorino. Avec le second, qui sortit avec pas mal de gaz puis tenta de sauter dans le callejón, le Cacereño esquissa des capotazos de catégorie puis après deux rencontres et un bon tercio de banderilles qui vit les deux protagonistes saluer, il allait faire rugir les gradins et déclencher la musique sur deux tandas supérieures de derechazos.

 

Las, il se fit alors violemment cueillir au début d’une série gauchère et fut évacué illico vers l’infirmerie Alors que Luis Bolívar, comme chef de lidia, s’apprêtait à lidier le Victorino, un banderillero déboula du patio pour signifier qu’Emilio allait revenir... Avec un gros bandage entourant sa cuisse gauche, il exécuta une série droitière puis liquida le fauve par entière au second envoi avant d’être à nouveau transporté jusqu’à l’infirmerie, non sans avoir pris le temps de faire un dernier geste vers le ciel alors que l’oreille tombait du palco... On apprendra plus tard qu’il a été évacué vers l’hôpital pour être opéré d’une cornada de deux trajectoires dans la cuisse gauche de 13 et 8 cm, la seconde touchant le nerf sciatique. Pronostic grave.

 

Luis Bolívar (silence aux trois) a bien débuté au capote face au premier qui prit deux piques, long à foncer sur la première et pour la forme la suivante. Quite serré d’Emilio qui reçut plus tard le brindis du Colombien. Bolívar se fit d’emblée désarmer puis se reprit bien sur des derechazos où il fut toutefois bousculé sans mal. L’animal se mit à jouer de plus en plus du chef et Luis finit par macheteo après une tentative gauchère vite avortée. Pinchazo puis entière. Le quatrième, le plus lourd de l’envoi (580 kg), cogna fort au burladero. Deux piques puis saluts du Monteño pour avoir casqué deux bonnes paires, brindis à l’assemblée puis début de faena entreprenant face à un toro noble, mais juste de forces et de transmission, qui alla a menos, finissant sur la défensive près des planches. Entière tombée et tendida, descabello. L’ultime mit Bolívar en danger dès le premier capotazo puis tenta de passer dans le callejón. Deux rencontres sans style. Combat sous tension, âpre, face à un opposant coriace, dangereux, le Colombien se fâchant, mais sans grande portée lors d’un trasteo qui comprit un désarmé à gauche puis un desplante malvenu. Entière.

 

Juan Leal (vuelta et silence) attaqua avec un toro armé comme un cerf. Bien entrepris au capote, le Victorino a été long à replacer au cheval après un bon premier puyazo. Second tercio médiocre, puis brindis au public d’une faena marquée par des charges courtes et des retours très vifs du bicho. Labeur méritoire et courageux de l’Arlésien qui releva le défi avec cran, final au plus près, à la limite de la rupture, puis conclusion par entière tendida et desprendida.

Le quinto trainait un peu des postérieurs, chargeant au pas en cherchant la cible. Il ne laissa à Juan que peu d’options de réussir le desquite au cours d’un long trasteo irrégulier, mais toujours volontaire, conclu à la peine après deux avis.

 

Photo et reseña de Paul Hermé du site Torofiesta.com



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