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Décès de Jean Lafont. Un Monsieur de la Camargue nous quitte à 94 ans

Ajouté le: 13/01/2017 19:09

On a appris ce vendredi 13 le décès à 94 ans du célèbre manadier Jean Lafont.

 

Manadier né le le 22 novembre 1922 à Saïgon d'une mère russe et d'un père français exerçant la profession d'avocat.

Jean fait des études de droit et délaisse même son travail d'avocat stagiaire car le trident l'attire plus que le glaive de la justice. Il se passionne pour les taureaux au contact d'un maître du barreau et manadier, Bernard de Montaut-Manse. Il finira, le 20 décembre 1945, par devenir officiellement manadier.

Ses cousins, son oncle Bénezet (chocolatier à Nîmes) l'aident financièrement pour racheter la manade de Marcel Delbosc qu'il avait lui-même achetée quelques années avant à Combet-Granon.

Jean Lafont, outre la tauromachie, a des goûts éclectiques assez prononcés, l'opéra, les arbres (membre de la Dendrologie Society) l'art, la peinture, le surréalisme, la vitesse (il participe au Rallye de Monte-Carlo en 1961) la musique (Mozart) mais aussi un certain penchant pour les plaisirs de la vie.

Devenir manadier pour Jean Lafont est plus une démarche intellectuelle qu'un inclinaison à une vie tranquille et pastorale. Il se reconnaît plus dans l'image d'un ganadero de l'aristocratie sévillane que dans celle d'un maquignon éleveur de taureaux camargue. Le succés est rapide. Car la manade qu'il vient d'acquérir possède un grand cocardier, Cafetier, qui n'aura pas la notoriété qu'il aurait méritée. Il passa de Granon chez Delbosc pour finir chez Jean Lafont et, comble de malchance, il subit la trêve due à la seconde guerre mondiale, tous ces événement l'auront un peu éclipsé de la scène.

Pourtant, six mois après l'acquisition, la nouvelle devise rouge et vert remporta un succès avec Cafetier à la Cocarde d'Or et, fait exceptionnel, il rentra même sa cocarde.

Jean Lafont apprendra son métier à travers l'expérience de Fernand Granon. Les conseils du sage vont rapidement porter ses fruits puisque les bons taureaux vont se succéder. Parmi les meilleurs, on peut citer Pescalune, Cosaque, Mario, Virgile, Cailaren, Gitan, Joinville, Ventadour, Ourrias, Furet et enfin Barraïé, trois fois vainqueur du fameux Biou d'Or.

Ensuite Jean Lafont passe la main à Loulou Nicollin.

 

Jean Lafont ne se contenta pas de ses triomphes successifs en tant qu'éleveur, il dirigea aussi les arènes de Nîmes, sous l'ère de Jean Bousquet et la Churascaïa, une boîte de nuit très à la mode où se mêlaient toutes sortes de gens, des célébrités amies du manadier, des toreros, des gardians, des raseteurs et toute la jeunesse régionale.

Jean Lafont, un paradoxe dans le milieu plutôt franchouillard de Camargue, laissera, par son style raffiné, sa personnalité, ses connaissances dans divers milieux artistiques, une image très respectée dans le petit monde de la bouvine.

Jamais aucun manadier n'avait avant lui, cristalliser autant de passion auteur d'une devise, la devise rouge et verte.

 

Extrait du Dictionnaire de la course camarguaise de Jacky Siméon.

 

Photo de Robet Faure



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